Blog - Rencontre avec le Duc du C. - Galorbe

Le Duc du C.

Histoire d'une rencontre improbable
Ce qu'il y a de bien avec la photographie, c'est qu'elle permet de justifier cet horriiible défaut qu'est la curiosité, mais aussi de faire des rencontres à coté des-quelles on serait peut être passé sans s'en rendre compte. 
Cette histoire est celle d'une rencontre un peu psychédélique, un peu incroyable, mais pleine de richesse au sens noble du terme (et pour cause!).
A la fin d'une après midi photo, pendant que "Jésus" renfilait son futal (voir billet "Amour, Loire et beauté"), une petite voiture s'arrête à coté de nous et entame un demi tour en 128 manoeuvres. A l'intérieur, un couple d'octogénaires, la clope au bec, bien emmitouflé dans un nuage de tabac brun saveur "gitane et gauloise filtre" à rendre jaloux les volutes bleutées du moteur qui vient de se taper 12 bornes à fond de première, regarde la fameuse Loire en crue :
" - M'ouais... y a un peu d'eau... mais ça vaut pas 2003... ni même 2008... et puis je me rappelle en 76... et de toute façon, j'ai fait des recherches scientifiques, la Loire va bientôt reprendre son lit originel et va inonder les villages alentours"
En voyant le personnage descendre de sa voiture, en robe de chambre et pantoufles, arborant un visage des plus sympathiques, je sens mon index qui me démange et qui cherche désespérément à sauter sur le bouton "on" de mon boitier. Comme je suis quelqu'un de poli et de respectueux, je demande au "Loirologue" si je peux le photographier.
"- Maiiiis, très volontiers jeune homme. C'est dommage, je ne suis pas habillé, d'habitude, je suis toujours en smoking. Là, je ne pensais pas ressortir.
- En smoking? et pourquoi donc en smoking?
- Dame ! je suis le Duc du C. descendant de Talleyrand et de Pépin le bref ! "
Sur ce s'engage une discussion historico-culturello-fluvio-photographique partant de l'histoire des rois de France jusqu'au bonnes manières à table en passant par... Tahiti ! 
Avant de le laisser remonter dans son carrosse et remettre en route ses 50 chevaux vapeur, sa clope et son brouillard tabagique, je lui demande si l'on pourrait se revoir le lendemain pour continuer la discussion... et les photos.
Réponse affirmative, échange de carte et de poignées de mains, et départ du bolide vers le nid aristocratique
Le lendemain, alors que les premiers rayons de soleil réchauffaient la campagne endormie (non, j'déconne, il était 18h), nous arrivons mon Amande et moi dans "le domaine".
J'avoue que nos fantasmes se sont bien vite évaporés : point de domestiques en livrée que l'on aurait pu superbement ignorer après avoir balancé un "annoncez nous Gustave, et occupez vous des chevaux", point de jolies soubrettes de film pornos aux joues roses et aux fesses rebondies, point de donjon, ni tours, ni pont-levis, même pas de pauvres à repousser du pied... rien de tout cela!
A la place, une merveilleuse petite maison noire et blanche, perdue au milieu d'un non moins merveilleux jardin fleuri et qui semblait se cacher du soleil grace à l'ombre de vastes écuries désaffectées.
Le Duc, ensmokinguisé de la tête au pied, nous attendait sur le pas de la porte, fier... mais en râlant quand même un petit peu sur cette "p... de s... de b... de m... d'électricité de m... " et sur ces "vendus d'électriciens de p... de feignants qui sont même pas capables de remettre en état de fonctionnement un système qui a bien connu Louis XIII" !
A l'intérieur, la (future) Duchesse était assise, occupée à filer la laine au rythme de son rouet de bois... non, c'est pas vrai, elle fumait une clope, une télécommande à la main.
Décrire la discussion de l'après midi serait beaucoup trop laborieux tellement ce moment fut riche d'anecdotes, de voyages, d'histoire et de souvenirs. Les photos de cette journée ne pourront jamais retransmettre toute l'hospitalité de ce couple et la générosité dont ils ont fait preuve envers leurs visiteurs d'une fin de journée, mais l'important reste figé bien au delà du capteur numérique.
Pour résumer, après le tour du propriétaire en règle, après la visite de la piscine, après avoir dit bonjour aux poules, après la visite dans la grange, après un démarrage de 2 cv des 60's impeccable, après l'escalade de la motte castrale d'en face, après moult bains de boue bien involontaires, nous sommes rentrés, épuisés, la tête pleine, en se demandant bien ce qui avait pu se passer et surtout... si toutes ces histoires étaient vraies ? 
... après tout, on s'en fout, on a rencontré Don Quichote, et ça... c'est la classe!

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