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Le jour de l'an chinois 2012

Après avoir prit soin d'enfiler 12 damarts, 18 pulls, 8 vestes et 3 blousons conçus par la Nasa pour marcher sur la lune, nous voila partis l'Amande et moi en direction du quartier chinois, tout en rêvant d'aventure, de gloire, d'un café bien chaud et d'une montagne de pancake au sirop d'érable. Café que l'on prendra certainement avec les FOPiens, s'ils ne sont pas fait attaquer par des phoques sur la banqui... sur le périph.
Arrivés sur place, on y a trouvé effectivement quelques morceaux de glaces avec des jambes en dessous, qui protégeaient de leurs gants des appareils photos à l'image de maman kangourou serrant contre son coeur ce qu'elle a de plus cher au monde. Visiblement certains se connaissent déjà, s'appellent carrément par leurs numéros de sécu, se racontent l'appendicite du petit dernier, la ménopause de la belle soeur tout en se tripotant innocemment l'objectif. Les autres se regardent du coin de l'oeil (celui qui sort de dessous la tonne de tissus pendant que l'autre décongèle).
Tous ont plusieurs points communs :
un gros sac dans le dos, une patate glacée à la place du nez, des kilomètres d'écharpes autour du cou et un adorable petit carton vert "made in Ouin-Ouin" ("respect à notre grand GO devant l'éternel") accroché au col du blouson, arborant leur nom et " http://www.echangisme.fr" (ah non pardon, c'était une autre sortie ça), un peu comme pour une visite au Louvre où les participants se reconnaissent grâce à leurs casquettes et un petit fanion porté par le responsable. Aujourd'hui, ce sera le bonnet blanc de Ouin Ouin ("gloire à notre petit père des peuples") qui nous servira de drapeau et de repère dans la foule.
Présentations: 
"bonjour... Amandine, Tom, enchantés... Géo... People, Ouin ouin ("à genoux, oh modeste mortel devant ton créateur numérique plein format"), Naty, Thierry... enchanté... Bellum... Iro, Tokyohotel...
- moi : BON : on va boire un café ? 
- eux : Ah ben non... y en manque un ! 
- moi (qui commence a ressentir le manque de caféine mais qui fait semblant d'être cool quand même) : Ah bon, et qui est le trou du... le gentil retardataire ? 
- eux : Zoko ! 
- moi : (censuré) pas grave, on va l'attendre (sourire dépressif) (censure) (soupir) (etc...)
Comprenant que le manque de caféine chez le bourguignon en plein mois de janvier peut faire des ravages et anéantir une amitié à peine naissante, Ouin-Ouin ("oh étoile du berger emmitouflée, guide nos papattes de modestes insectes rampants et décaféinés de ta lumière éternelle") décide que la Zokette ne peinera pas à nous retrouver parmi les quelques 12000 être humains présents dans la place et nous propose de partir à la recherche d'un bar. Après avoir dessoudé Naty dont les pieds étaient prit par les glaces, nous partîmes en file indienne, comme les petits nains suivant Blanche Neige et son blanc bonnet ("Oh douce Blanche neige ouin-ouinesque, montre nous ta grosse pomme"). Problème : Comment ça s'écrit "café" en chinois? parce que, dans le quartier, on peut acheter des rollex, des DVD, des encens, des trucs bizarres, mais du café.... c'est pas gagné !!! edit
C'est à partir de ce moment que tout dégénéra monsieur le commissaire : Géo nous racontait son séjour en Chine en 1923 où il trafiquait l'opium quand soudain la terre se mit à trembler, les vitres volèrent en éclats, les sirènes antivols des voitures se mirent à hurler, Amandine aussi, Naty se réveilla... Jean Yves, à genoux et les mains vers le ciel, promettait de poster TROIS photos d'un coup sur le forum (dont une en couleur !) s'il s'en sortait vivant, People pleurait en regardant une photo bicolore avec une bande de gris clair sur une bande de gris foncé (je compris par la suite que c'était sa vue préférée du Berry).
Je devinais à ce moment là que Ouin-ouin ("oh illustre Bruce Ouilis au courage protecteur") hurlait des ordres car je voyais ses lèvres bleues bouger, avant qu'il ne disparaisse sous une épaisse fumée jaunâtre. Autour de nous, des autochtones couraient en criant "bonané... bonané... bonané...."

Et puis... je le vis... d'abord ses yeux, rouges, flamboyants, sa gueule grande ouverte arborant des monstrueuses dents blanches, le tout entouré d'une grande crinière dégoulinante sur une fourrure dorée et sur.... deux paires de jambes épileptiques. Le dragon nous dépassa sans que l'on eu le réflexe des les sortir justement (nos réflexes ! faut suivre un peu) et sous les regards abasourdis des spectateurs, laissant sur son passage le seul rythme des percussions assourdissantes. 
Je ferais là un petit aparté (Ouin ouin me pardonne, "oh grand capteur 24-36 foulfrème à diode bipolaire et climatisation centralisé en plastique massif") pour expliquer le principe de la musique un jour de l'an en Chine de la place D'Italie :
Vous prenez un énoooorme tambour appelé communément "Odaïko", vous l'installez sur une barrière de sécurité qui roule (me demandez pas comment, un croisement génétique je suppose), vous entourez le tout de plusieurs joueurs de gong, vous agitez, mettez au frigo plusieurs heures histoire de bien les énerver et vous les lâchez enfin dans les rues avec un seul mot d'ordre : faire le plus de bruit possible et SURTOUT ne pas jouer en rythme, afin d'éloigner les mauvais esprits, les fantômes et ceux qui ont un minimum de sens musical.
Pendant que je nettoyais le sang qui coulait de mes oreilles, laissant place à un acouphène strident à la manière d'un homme politique jurant "les yeux dans les yeux" qu'il n'a pas de compte en Suisse, je me dirigeais vers People qui allumait des bougies devant sa photo berrichonne quand mon pied écrasa quelque chose de mou et croustillant : en décalant ma chaussure, je vis des doigts, puis une main, puis une autre qui dépassait d'une grille d'égout. Zoko, frontale sur le front, piolet à la main, des os plein les poches, soulevait le disque de métal qui séparait encore le calme de l'hystérie et vint nous rejoindre stoïquement, comme si tout était normal. Il nous expliqua qu'il n'avait pas dormi depuis 3 semaines et qu'il sortait d'une soirée "Cthulhu, latex et bottes en caoutchouc" au fond d'une grotte échangiste.
Bon... on va boire un café ? edit
Midi, 13 H, 13 H 30, toujours pas de café.
Je tremble, j'ai des suées, les dents qui poussent, tout autour n'est que fumée, encens, statues dorées, DVD à vendre, dragons bondissants, tiens... une Nathy, dragons, statues, encens, DVD à vendre... mais pas de café ! Géo se remémore l'exposition universelle de 1900 où il avait accroché des photos qu'il avait fait avec son ami Nicéphore, Zoko chuchote des formules magiques à chaque grille d'égout ou entrée de cave, Amandine cherche dans son manuel où se trouve le bouton "on" sur son appareil photo, People drague une jeune jouvencelle pré-pubère tout juste soixantenaire et moi.... J'AI FAIM !!!
14 H... j'aperçois un petit bonnet blanc qui sautille parmi les gens et se rapproche de nous :
Ouin-ouin ("gloire à toi, oh guide Michelin des ruelles parisiennes, divin protecteur de la gastro-entérite") nous annonce... hum... nous "autorise" à penser à nous nourrir ! On s'imagine déjà alors devant une table craquante sous le poids de victuailles typiques et locales : montagne de beignets dégoulinants d'amour et de friture, kilomètres de rouleaux de printemps, petit chat mignon doré à point, nems chauds et croustillants... la vie quoi ! "Suivez moi, j'ai vu un petit resto sympa par là". On suivit alors Blanche neige et son bonnet jusqu'à Rachid et son couscous royal !

Et là, je dis : Gloire à Rachid (comme dit l'huile du même nom...) et sa banquette chauffante, Gloire à Ouin-ouin ("oh divin créateur de toute chose, début de la vie, alpha de l'oméga, Nadine de Rotchild, Jacob Delafond"), le monde est beau, j'aime la Chine, J'aime Paris... au moment où l'on se déshabillait tous pour faire l'amour, Rachid nous suggéra de manger un bout avant. On s'est assis.
Jamais le restaurant de Rachid ne fut aussi beau : murs tapissés à la "Stanley Kubrick", miroir dans le dos, banquette à chauffage rectal (un pur bonheur, je vous assure), tables autocollantes, rideaux du XVème, climatisation au fioul, clients sympathiques (enfin je crois), patron sympathique, prix sympathiques... bref, on est partis pour un repas sympathique. Le patron (sympathique) nous proposa de nous préparer un couscous sympathique "exprès pour nous" avec ce qui lui restait dans la cuisine sympathique, ce que l'on accepta avec grand sympathisme pendant que Géo nous montrait ses photos prises pendant le sacre de Charlemagne. Sympa !

Le couscous, le café et la banquette aidant, la température de nos corps était maintenant repassée au dessus de la barre fatidique du zéro et l'on se sentait d'attaque pour affronter tous les dragons de la place d'Italie. Et de l'attaque, il en fallait car le pire cauchemar nous attendait.
En ressortant de chez Rachid ("Gloire... huilde huilde huilde* à Rachid, oh grand maitre queue de la nourriture céleste, père nourricier de nos âmes en déroute"), nous repartîmes courageusement nous jeter dans la foule qui s'était amassée durant notre absence (on peut pas les laisser seuls 5 mn ces parisiens!). C'est là que Ouin-ouin ("oh immense - vous me dites si j'en fait trop, hein? - oh immense ligne blanche tracée sur nos petits chemins de terre en friche") nous suggéra de remonter le boulevard pour rejoindre le début du défilé.

ERREUR FATALE ! ... fallait pas !

* : j'en remets une couche, pour ceux qui n'auraient pas compris la première fois... au prix des jeux de mots de cette qualité
Sur le fameux trottoir nous attendaient, avec des sourires sadiques, 1500 personnes... heuhh... 30000 personnes... 3 millions de personnes Nikonophages, Canonivores, Pentaxophiles (non, j'déconne, ils en veulent pas du Pentax). Alors, emportés par la foule, qui nous traine, nous entraine, comme une folle farandole, je lutte et je me débats... , pauvres fopiens désorientés, nous sommes avalés par cette marée humaine, ingurgités, malaxés, digérés... à droite on devine le défilé qui LUI a la chance de défiler, à gauche des gens écrabouillés contre les murs. A terre, des enfants morts jonchent le sol, les femmes poussent des cris hystériques, des vieillards s'écroulent et meurent instantanément sous les pieds pesant de ceux qui luttent pour tenir debout, les poussettes (des poussettes... ici !!!) écrasent tout sur leurs passages, annonçant des mères de famille aux yeux injectés de sang (là aussi, vous me dites si vous en avez marre), je vois une adorable vieille dame sauter à pieds joints sur Nathy qui avait tenté d'escalader une barrière de sécurité devenue aussi inutile que dangereuse. Je ressens d'un coup le sensation du pauvre bébé surimi que l'on sépare de force de ses parents pour le compresser avec ses congénères, serré, boudiné (alors que j'ai un corps d'athlète Russe, je tiens à le préciser pour ceux qu'ont pas la couleur)... je lutte pour respirer, je lutte pour avancer... je lutte pour vivre !
J'ai perdu les autres, je suppose qu'ils sont morts dans d'atroces souffrances, j'essaye de me rappeler les formules magiques de Zoko en passant sur une plaque d'égout : rien y fait, elle bronche pas, la garce... adieu monde cruel... adieu vie éphémère... je vois un tunnel, et au bout une lumière, « LA » lumière blanche, je ne touche plus le sol, je ne ressens plus rien... et puis un ange me soulève, me prend par la main, me parle, il est beau, il est grand, il est fort, il est chaud, il est noir... IL EST NOIR ? Jean Yves ! Ahhh... Jean Yves, je t'aime... je ne suis donc pas mort ? et les autres ? je me vois déjà en train d'appeler la maman d'Amandine pour lui annoncer la surimisation de sa fille et puis je la vois enfin arriver, elle a la couleur et la forme du surimi mais elle est en vie ! 
Tout le monde s'en est sorti indemne, même Naty à qui il reste des morceaux de vieille dans les cheveux. edit
Maintenant peut commencer enfin le grand spectacle de la Chine et de sa féérie.
Bizarrement, après l'horreur que l'on vient d'affronter, on se retrouve pratiquement seuls sur le chemin du défilé. Grand nombre de spectateurs ont du mourir, ou recherchent les restes de leurs progéniture agonisante. On s'en fout, on est pas là pour acheter du terrain. On se place sur le trajet prévu, on arme nos boitiers (Amandine a trouvé le "on") et on profite enfin de la magie chinoise : un dragon, des jolies filles en costumes fluos, la police qui, sous prétexte de nous aider, nous fait reculer à grand coups de rangers (marrant, on les avait pas vu pour nous "aider" à remonter le "trottoir de la mort qui tue"), un dragon, une banderole incompréhensible avec tout le bureau du parti communiste chinois derrière (avec sourire stalinien de rigueur), un dragon, une barrière de sécurité qui roule... et des pétards, des pétards, tiens... une Nathy, des pétards... et un peu de pétards aussi... et puis un dragon à la bourre.
Après le défilé, j'ai vu Zoko chuchoter à l'oreille d'une poubelle en plastique et disparaitre sous un tronc d'arbre, la frontale de nouveau sur le front et une cravache en cuir à la main. J'ai senti alors qu'il était temps de retourner à une vie normale avec de vrais amis. Nous nous sommes alors tous mis torses nus, à plat ventre devant notre guide suprême (" Oh grand Ouin-ouin, gendarme de la circulation sanguine, libère nos artères cholestérolisées pour recueillir le sang de la vie "), puis j'ai salué modestement mes nouveaux amis fopiens, j'ai acheté le bouquin que Géo a écrit quand il était scout, en vacances en Méditerrané ("la bible", aux éditions " jeunes talents ") j'ai dé-surimiser Amandine et nous sommes repartis, vers d'autres aventures parisiennes.
La prochaine fois, on se fait le métro un jour de grève, ce sera du pur bonheur à coté !
Je tiens à remercier notre grand organisateur préféré ("Oh immense gourou..." hein? ... bon d'accord..."), les Fopiens courageux qui ont affronter les éléments, la police française pour ses majorettes, Rachid pour son couscous et je souhaite une bonne année à tous les chinois.

Ps: Géo, ton bouquin... ça marchera jamais !

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